Carillon de Baziège

En Chine, elles seraient apparues il y a 4 000 ans.

Au temps des Grecs et des Romains, on sonnait les cloches pour accueillir les réponses des oracles, avertir de l’heure d’ouverture des bains, des repas et des marchés.

Les premiers chrétiens firent de la cloche un symbole d’appel et de ralliement.

Au début du Moyen-Âge, les cloches sont apparues dans les milieux monastiques.

Elles ponctuaient les divers moments de la vie monacale.

C’est au temps de Charlemagne que l’église de chaque village se dota de cloches pour appeler les fidèles aux offices.

La mise au point du métal dont elles sont faites, l’airain, alliage constitué par un mélange de cuivre (78 %) et d’étain (22 %), les nouveaux procédés de fonte vont permettre leur multiplication rapide mais aussi susciter bien des convoitises. Lors des invasions barbares (Normands, Sarrasins), pendant les guerres féodales, les cloches, à cause de leur précieux métal, vont souvent devenir butin de guerre ; elles pouvaient aussi tout simplement disparaître, fondues, lors de l’incendie des églises comme ce fut le cas à Baziège, lors de la chevauchée du Prince Noir (1355) en pleine Guerre de Cent ans.

À partir du XIIe siècle, dans toute la France, les municipalités s’affranchissent de la tutelle seigneuriale ou royale. De nombreuses villes édifient leur maison communale surmontée d’un beffroi muni d’une ou plusieurs cloches destinées à informer rapidement la population (voir Donjon du Capitole à Toulouse). Dans les bastides créées à cette période, l’église n’est plus au centre du village ; c’est la halle aux marchands qui lui ravit ce lieu privilégié (le beffroi de la Halle de Revel en est un bon exemple local).

Avec 25 cloches, le carillon de Baziège est le 2ᵉ plus important de Haute-Garonne, le 6ᵉ de l’ancienne région Midi-Pyrénées et le 13ᵉ d’Occitanie.

Source : Carillons en Pays d’Oc

A Baziège

Dans les petits villages ou les bourgs plus anciens, le clocher, souvent central, va assumer le double rôle religieux et civil. Les cloches, en nombre variable selon l’importance économique de la population qui vit autour de l’église, vont être l’instrument privilégié de la communication : appel des fidèles, indication de l’heure par la sonnerie des angélus (puis plus tardivement par l’installation d’horloges), signal d’incendie, de décès, célébration d’événements divers, convocation des membres aux assemblées villageoises, éloignement des orages…

À Baziège, la cloche la plus ancienne date de 1781 ; elle se nomme Mirepoix. D’un diamètre de 51 cm et d’un poids de soixante kilos, elle a traversé l’époque troublée de la Révolution pour arriver jusqu’à nous.

On ne connaît pas le nombre de cloches en place à cette époque-là, mais chaque fois qu’il fallait réunir l’assemblée, ou plus tard la municipalité c’était toujours « au son de la cloche en la manière accoutumée ».

En 1794, la jeune république est en guerre contre toute l’Europe ou presque et les canons manquent. Un arrêté du 4 germinal An II met en réquisition les cordes et les cloches des églises, ne laissant dans chaque commune qu’une cloche, la cloche civique.

Bientôt les églises sont fermées au culte catholique et transformées en « Temple de la Raison ». La sonnerie des cloches (ou de celle qui reste) est interdite.

Le 14 messidor An VI, (le 2 juillet 1798), un orage menace. Vers six heures du matin, comme la grêle commence à tomber, la cloche se met à sonner. L’agent municipal se rend dans le clocher afin de reconnaître les contrevenants : ce sont deux enfants envoyés par leurs parents. On croyait encore alors, que les vibrations des sons produits par la sonnerie des cloches avaient le pouvoir d’éloigner les nuages de grêle.

« On entendra le son des clochettes, quand il entrera dans le sanctuaire, devant le Seigneur, ou qu’il en sortira. »

Exode 28,35

Après la signature du Concordat par Bonaparte et la restauration du culte catholique, il semble que le clocher de Baziège ne fut pas regarni de cloches. L’Empire eut d’autres priorités parmi lesquelles un besoin énorme de pièces d’artillerie et par conséquent de bronze. Les clochers de France attendront.

Ce n’est que sous la Troisième République, à partir de 1877, que le carillon du clocher va naître. On fait appel à un fondeur de la région, DENCAUSSE de Tarbes.

En 1877, sont fondues, en premier, les plus grosses cloches : quatre dont le diamètre est supérieur à 100 cm et leur poids compris entre 1,2 et 1 tonne. Ensuite, trois autres sont installées dans la même foulée d’un diamètre et poids inférieurs.

Le carillon sera complété jusqu’en 1884. À la fin du siècle, il comptera 21 cloches dont trois cloches de volée.

En 1934 sera ajoutée une cloche de 122 kilos et en 1946, une de 19 kilos provenant de la fonderie savoyarde PACCARD.

Le 11 novembre 1918, un télégramme posté de Toulouse à 14 heures, annonçait l’Armistice et recommandait : « Faites sonner les cloches à toute volée, […] c’est la victoire du droit et de la civilisation ! »

Cloche du Jubilé bénie par Mgr Emile MARCUS, archevêque de Toulouse, parrain

A l’an 2000

Le carillon va être complété, rénové et automatisé.

La cloche « civique » de la plus haute baie du clocher va être descendue. Le carillon va recevoir donc quatre nouvelles cloches (SOL3 – LA4 – RE#5 – SI3) fondues par Cornille-Havard, fonderie normande près du Mont Saint Michel. Les supports de huit cloches, parmi les plus anciennes, seront revus et restaurés, les marteaux de tintement et les moteurs de volée pour trois cloches seront remplacés.

Quant à l’horloge, les mouvements et les aiguilles seront changés.

Le nombre de cloches sera porté à vingt-cinq et après Pamiers, ce sera l’un des carillons les plus importants de la région Midi-Pyrénées. Deux octaves et demi seront ainsi disponibles, un clavier piano chromatique complètera une automatisation qui permettra de mémoriser des milliers de mélodies différentes dans la limite de neuf heures d’enregistrement.

Il ne faut pas attendre d’un tel carillon une perfection musicale. Ce n’est pas la musicalité qui est recherchée dans une telle restauration, mais la conservation de la personnalité d’un appareil campanaire tel que l’ont connu, dans le temps, les anciens baziégeois. Ce carillon a déjà son existence propre, son passé. Le but à atteindre est de lui redonner une nouvelle vie et de permettre à la population de se réapproprier un outil cultuel et culturel collectif d’une importance inégalée et unique dans la région.

Source: L’ARBBRE – Fabre Pierre